La situation quand on débarque

Un gros projet de refonte SI dans une banque. Vingt personnes côté dev, un intégrateur, plusieurs équipes métier. Go-Live dans 5 mois. Sur le papier, ça avance.

Dans la vraie vie, c’est le bazar. La recette a démarré depuis 3 semaines et voilà ce qu’on trouve en arrivant :

  • Les testeurs font ce qu’ils peuvent, chacun à sa sauce. Certains testent « au feeling », d’autres suivent des specs qui datent de 6 mois.
  • Les anomalies sont remontées par mail, par Teams, et oui — parfois sur Post-it collés sur l’écran du développeur.
  • Personne ne sait combien il y a de bugs ouverts. Ni lesquels sont bloquants.
  • Le Go-Live a déjà été repoussé deux fois. Le sponsor commence à perdre patience.

Le chef de projet MOA est compétent, mais il fait tout en même temps : les specs, la recette, les comités, la relation métier. Il court partout et personne n’a de visibilité sur rien.

Ce qu’on a fait concrètement

On est arrivé à deux. Un profil AMOA pour reprendre les specs, un profil QA (certifié ISTQB) pour structurer la recette. Pas de grande théorie, on a bossé.

Première semaine : on fait l’inventaire

On a recensé toutes les anomalies qui traînaient — dans les mails, les fichiers Excel partagés, les conversations Teams. On en a retrouvé 47, éparpillées partout. Certaines étaient des doublons, d’autres étaient déjà corrigées mais personne n’avait mis à jour le statut. On a tout centralisé dans un seul outil avec des règles simples : une anomalie = un ticket, un niveau de criticité, un responsable.

Extrait — Suivi des anomalies (anonymisé)
ID Module Anomalie Criticité Statut Resp.
ANO-012 Gestion comptes Calcul intérêts KO sur taux négatif Bloquant Ouvert MOE - J.D.
ANO-015 Virements IBAN non validé format SEPA Bloquant En cours MOE - S.M.
ANO-018 Reporting Export CSV tronqué après 10k lignes Majeur Corrigé MOE - P.L.
ANO-023 Gestion comptes Libellé opération coupé à 30 caractères Mineur Corrigé MOE - J.D.
ANO-031 Auth Timeout session à 5 min au lieu de 30 Majeur En cours MOE - K.R.
Exemple de notre suivi d'anomalies — chaque bug a un ID, un responsable, un statut. Fini le Post-it.

Semaine 2-3 : on construit le plan de tests

Il y avait 120 cas de tests, écrits un peu n’importe comment, pas priorisés. On a tout repris. On a produit un plan de tests aligné sur les processus métier : 380 cas, classés par module et par criticité. Chaque cas est lié à une exigence fonctionnelle. Si le test passe, on sait que la règle métier est bonne. Si le test échoue, on sait exactement quelle spec est concernée.

Extrait — Plan de tests (anonymisé)
Réf. Scénario Cas de test Prio Résultat Lien spec
CT-101 Ouverture compte Vérifier création compte PEL avec taux réglementé P1 OK SF-2.3.1
CT-102 Ouverture compte Rejet si client interdit bancaire P1 OK SF-2.3.4
CT-145 Virement SEPA Virement > plafond journalier = alerte P1 KO SF-4.1.2
CT-203 Reporting Génération relevé mensuel PDF P2 OK SF-7.2.1
CT-267 Clôture compte Clôture avec opérations en attente = blocage P1 En cours SF-9.1.3
Chaque cas de test est lié à une spec fonctionnelle. Quand un test est KO, on sait exactement où regarder.

En parallèle : on rebouche les trous dans les specs

Côté AMOA, on a attaqué les 3 modules les plus critiques. Il manquait des règles de gestion entières — genre « qu’est-ce qui se passe quand le client a un taux négatif ? » Personne n’avait formalisé le cas. Les développeurs avaient bricolé un truc, le métier découvrait le problème en recette. 45 pages de specs complétées ou réécrites, validées avec les équipes métier.

Mois 2-4 : on déroule et on pilote

Exécution systématique du plan de tests. Chaque semaine, un comité qualité de 30 minutes avec un dashboard simple : combien de tests exécutés, combien en succès, combien d’anomalies ouvertes par criticité. La direction avait enfin un tableau de bord lisible au lieu de « ça avance, on gère ».

Extrait — Dashboard qualité hebdomadaire
380
Cas de tests
94%
Exécutés
3
Bloquants ouverts
87%
Taux de réussite
12S1
22S2
34S3
28S4
16S5
8S6
3S7
Le nombre d'anomalies ouvertes par semaine. La courbe descend = on reprend le contrôle.

Le résultat

-60%
Anomalies en prod vs. les projets précédents
380/380
Cas de tests exécutés
On time
Pas de 3ème report

Ce qu’on en retient (pour de vrai)

La recette, c’est pas « tester ». C’est piloter la qualité. Si t’as pas de plan de tests, pas de suivi des anomalies, pas de rôles clairs, même les meilleurs testeurs du monde ne peuvent rien faire. Le problème n’était pas technique — il était organisationnel.

Et les specs à trous, c’est le mal absolu. On ne peut pas recetter ce qui n’est pas spécifié. « Mais c’était évident » — non, c’est jamais évident. Si c’est pas écrit, c’est pas spécifié.